La COVID-19 est le nom donné, le 11 février 2020, par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à une épidémie de pneumonie de cause inconnue ayant débuté à Wuhan (Chine) en décembre 2019. Déclarée urgence de santé publique de portée internationale le 30 janvier 2020 par l’OMS, la COVID-19 a été qualifiée de pandémie le mercredi 11 mars 2020 par le directeur de l’OMS. En Afrique centrale, on dénombre plus de 8000 cas et la pandémie a plongé les économies dans une période de grande incertitude. Cet article présente une analyse des effets économiques de la COVID-19 sur les États d’Afrique centrale. Notre intérêt pour la région Afrique centrale est double. Premièrement, la Communauté Economique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) a reçu peu d’attention, à notre connaissance, dans la littérature économique actuelle sur COVID-19. Par conséquent, cette étude contribuera à combler ce vide. Deuxièmement, en ce qui concerne sa dotation en ressources naturelles, la CEEAC est l’une des régions les plus riches d’Afrique et un producteur remarquable de produits de base. Cette analyse peut donc être très utile à d’autres pays fortement dépendants des produits de base. Nous présentons quelques résultats empiriques dans la section 1 tandis que dans la section 2, nous ventilons les effets économiques en utilisant une approche axée sur l’offre et la demande. La section 3, quant à elle, propose quelques recommandations de politique économique.

I. Etudes empiriques régionales des effets économiques de la COVID-19

Comme indiqué ci-dessus, la pandémie de coronavirus a plongé les économies du monde dans une période de grande incertitude. Il s’agit d’un choc sans précédent qui touche les pays du monde de diverses manières. Une étude d’Euler et Allianz (2020) estime que les mesures de verrouillage pousseront le monde dans sa pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale. Les pertes mondiales estimées pourraient s’élever à 9 000 milliards de dollars US – le produit intérieur brut (PIB) du Japon et de l’Allemagne réunis. Compte tenu du fait que les activités économiques ont été interrompues pour limiter la propagation du virus, les faillites devraient augmenter de 20% et les pertes commerciales pourraient atteindre 3 500 milliards de dollars US selon la même étude.

Les estimations des effets économiques du coronavirus ont également été effectuées au niveau régional en utilisant différents scénarios à savoir un impact faible ou élevé de la COVID-19. Le tableau 1 présente une synthèse non exhaustive de ces études. Une observation attentive des différents résultats révèle que les régions du monde entier perdront certains points de croissance du PIB en raison de l’épidémie en cours, que l’impact soit faible ou élevé.

Tableau 1. Effets du COVID-19 sur la croissance économique (régions du monde)

Régions Principal Investigateur Impact faible du  COVID-19 Impact prononcé du  COVID-19
OCDE (Organisation pour la Coopération et le Developpement Economiques) OCDE -0.5% -1.5%
Pays d’Amérique latine et des Caraïbes Commission économique des Nations unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) -1.8%
Asie Pacifique Banque asiatique de développement Chine:

-0.32%

Autres:

-0.17%

Chine:

-1.7%

Autres:

-0.46%

Afrique Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (UNECA) -1.4%
Économies d’Afrique subsaharienne Brookings Institute -1.09% -2.09%
Afrique Centrale Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (UNECA) -4.1%

Source: Auteur (inspiré par UN-HABITAT report, 2020; UNECA, 2020).

La région Afrique centrale pourrait perdre 4,1% de son PIB en raison de l’épidémie de COVID-19. En effet, les pays de la CEEAC commercent principalement avec l’Asie et l’Europe qui sont parmi les régions les plus touchées. Les statistiques montrent que l’Asie représente 53% des exportations de la CEEAC et 37% de ses importations, tandis que le marché européen représente 29% des exportations de la CEEAC et 35% de ses importations. Par conséquent, un ralentissement des activités dans ces deux régions entraînera automatiquement un ralentissement des exportations et des importations dans la zone de la CEEAC dont les exportations sont en grande partie des produits non transformés et les importations des biens de consommation finale.

Toutefois, il est possible d’avoir une vue d’ensemble des pertes au sein de chaque État membre de la CEEAC. Le tableau 2 montre les différentes pertes qui pourraient apparaître sur la base des estimations de l’UNECA (2020). A partir de ce tableau, on constate que Sao Tomé et Principe sera confronté à la perte la plus importante en Afrique centrale (-34%). En effet, ce pays est très dépendant du secteur du tourisme qui a connu une chute drastique en raison de la fermeture des frontières au niveau mondial afin de limiter la propagation du coronavirus.

Le prochain pays à subir une perte importante est la République du Congo (-10,6%). Ce pays souffre de sa forte dépendance au pétrole. Sans aucun doute, la pandémie de coronavirus a provoqué un ralentissement de l’économie mondiale, entraînant une chute extrêmement sévère de la demande de pétrole. Par exemple, le prix du pétrole aux États-Unis est tombé pour la première fois sous zéro et certains négociants, au lieu d’acheter du pétrole, étaient prêts à payer jusqu’à 37,63 dollars pour faire accepter la livraison d’un baril de pétrole à quelqu’un.

Tableau 2. Pertes de croissance économique à cause de la COVID-19 (CEEAC)

Pays Estimation de l’impact
Sao Tome and Principe -34%
République du Congo -10.6%
Guinée Equatoriale -7.5%
Rwanda -6.3%
Angola -5.7%
Gabon -5.0%
Tchad -4.8%
Cameroun -3.1%
République Démocratique du Congo -1.9%
RCA -0.9%
Burundi -0.4%

Source: Auteur (à partir des données de UNECA,2020).

Globalement, les pays de la CEEAC seront touchés par deux grands canaux : le canal du prix du pétrole, c’est-à-dire une diminution de la demande de pétrole ; et le canal du tourisme, c’est-à-dire une réduction des arrivées de touristes dans les pays en raison des restrictions de voyage et de la fermeture des frontières. Sur la base des explications ci-dessus, nous pouvons affiner l’analyse par une autre approche basée sur l’offre et la demande.

II. Décomposition des effets économiques de la pandémie COVID-19 en Afrique centrale via une approche axée sur l’offre et la demande

En Afrique centrale, le secteur secondaire domine l’économie (42% du PIB en 2018) du côté de l’offre, tandis que la consommation privée (66% du PIB en 2018) a la part la plus importante du côté de la demande. De plus, en 2018, les principaux moteurs de l’offre dans la zone sont l’industrie, les services et l’agriculture, tandis que les principaux moteurs de la demande sont la consommation privée, les importations et les exportations, la formation brute de capital fixe ou les investissements privés et la consommation publique.

En ce qui concerne l’offre, le coronavirus affectera la production de biens et de services dans la zone. Dans les zones rurales où les cultures sont produites, par exemple, les personnes ont été mises en quarantaine, ce qui a entraîné une pénurie de main-d’œuvre dans les unités de production (exploitations agricoles et industries de production informelles). Cette situation aura une conséquence sur la production générale. Par ailleurs, au niveau des banques, cette pandémie a entraîné un durcissement des conditions de crédit en raison de l’incertitude. En effet, si les banquiers peuvent facilement mesurer les risques à l’aide d’outils statistiques, ils restent faibles face à l’incertitude. Par conséquent, les agents économiques en manque de liquidités (les entrepreneurs en particulier) seront obligés de recourir à des mécanismes financiers informels pour financer leurs projets. Même au niveau international, il sera difficile de disposer de fonds, car le Fonds monétaire international a annoncé le 23 mars 2020 que les investisseurs ont retiré 83 milliards de dollars des marchés émergents depuis le début de la crise.

Du côté de la demande, le ralentissement des activités entraînera certainement des pertes d’emplois et un chômage partiel. Les personnes concernées verront leurs revenus diminuer de manière drastique, ce qui réduira leur capacité à consommer des biens et des services. Les gens oublieront les biens et services non essentiels et se concentreront davantage sur les biens et services essentiels. Par ailleurs, en ce qui concerne la formation brute de capital fixe, les pays de la CEEAC devraient recevoir moins d’investissements directs étrangers cette année. En effet, un nouveau rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) estime que les investissements directs étrangers mondiaux (IDE) devraient diminuer de 30 à 40% entre 2020-2021.

III. Recommandations de politiques économiques

La pandémie COVID-19 pose deux questions pressantes pour l’avenir. Premièrement, les pays retrouveront-ils leurs niveaux de production d’avant COVID-19 ? Deuxièmement, les économies vont-elles avoir un héritage coronavirus ? Il est donc urgent que les décideurs de la CEEAC envisagent les actions suivantes :

  1. Augmenter la part du secteur manufacturier dans l’économie et utiliser les opportunités offertes par la zone de libre-échange continentale africaine pour stimuler le commerce intra-régional et maintenir les activités économiques. Comme indiqué ci-dessus, les exportations de la CEEAC sont en grande partie des produits non transformés et les importations sont essentiellement des biens de consommation finale. Toutefois, on estime que la région jouit d’un avantage comparatif majeur dans les secteurs industriels suivants : mobilier de maison et de bureau à base de bois, vêtements à base de coton, smartphones à base de coltan, engrais à base de phosphate, chocolat à base de cacao ou cuir à base de bétail, pour n’en citer que quelques-uns.
  1. Réduire les taux d’intérêt au niveau des banques centrales de la zone afin de diminuer le coût du crédit aux ménages et aux entreprises impliquées dans la production de biens et services essentiels.
  1. Syndiquer les emprunts au niveau des marchés financiers pour éviter la spéculation sur l’écart des taux d’intérêt. Les pays doivent donc se réunir sur le marché financier et emprunter de l’argent à un taux d’intérêt convenu. Dans le cas contraire, les différences de taux d’intérêt peuvent conduire à la spéculation.
  1. Coordonner les politiques de réponses pour éviter que les problèmes liés à la reprise économique dans un pays n’entraînent des dommages économiques prononcés dans un autre.

Auteur : Ulrich D’POLA KAMDEMEconomiste et Analyste Senior en Politiques Publiques

Cette étude porte sur la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). La CEEAC a été fondée en 1985 et comprend 11 pays à savoir Angola, Burundi, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo, République démocratique du Congo, Guinée équatoriale, Gabon, Rwanda et Sao Tomé-et-Principe. Ce texte est traduit de la version anglaise. L’auteur remercie infiniment le Dr. Vera KUM et le Dr. Fabien SUNDJO pour leurs commentaires et suggestions sur la version anglaise. Les erreurs et omissions, dans cette version, sont la seule responsabilité de l’auteur.

Ulrich D'POLA KAMDEM

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