En 2019, Charles Boamah (ancien vice-président de la Banque Africaine de Développement) déclarait que le continent africain avait besoin de 500 milliards $ pour atteindre ses objectifs de développement durable (santé, éducation et infrastructure). En 2020, la Banque Africaine de Développement affirmait aussi que la dette publique moyenne des pays africains était passée, entre 2008 et 2018, de 38 % à 56 % du PIB du continent.

Dans le contexte actuel de crise économique post-covid-19, les scénarios pessimistes tablent sur des augmentations du PIB de l’Afrique subsaharienne d’à peine 1,2% en 2021 et de 2,1% en 2022. L’incertitude sur les marchés, la contraction de la consommation et des investissements intérieurs ainsi que la baisse des prix des matières premières laissent présager des temps difficiles pour les économies africaines et leurs exportations.

Des plans de relance économique sont par conséquent indispensables. Le recours à l’endettement sera sans doute inévitable. Il a cependant de sérieuses conséquences sur le plan de la souveraineté des pays africains ainsi que sur les politiques monétaires de ceux-ci. En effet, lorsqu’un pays fait face à un endettement élevé et à un taux de change sous pression, ses institutions peuvent se retrouver face à un défi de taille : réduire les effets de la dépréciation monétaire tout en contenant les coûts de financement. Une solution intéressante consiste à ce que les pouvoirs publics gèrent la dette en collaboration étroite avec les banques centrales comme cela se fait au Rwanda où la Banque nationale, le bureau de gestion de la dette et le Trésor public collaborent afin de conseiller le gouvernement sur la politique macroéconomique à impulser. Ce type de configuration de travail permet de réduire les endettements toxiques tels que les emprunts à maturité longue et aux taux d’intérêt bas mais finançant des infrastructures publiques non lucratives et ne dégageant aucun revenu substantiel. Il permet également de rééquilibrer les accords ; notamment les deals impliquant des contreparties telles que les richesses minières africaines par exemple. Il y a cependant des risques pour l’indépendance des banques centrales.

La crise du covid-19 met l’Afrique dos au mur

C’est certain : il faudra innover et réduire au maximum les risques liés à l’endettement. En effet, la chute des revenus liés aux exportations, la baisse du tourisme, la réduction des transferts provenant de l’étranger et la contraction de l’investissement direct étranger ont aggravé les conséquences de la crise actuelle. La Banque Mondiale table sur des déficits budgétaires historiques en Afrique (se creusant d’en moyenne 3,5 points de pourcentage du PIB). Dans ce contexte, un recours accru à la dette ne ferait qu’augmenter la vulnérabilité des économies africaines. Il convient donc de maximiser le rendement des plans de relance. Les pays africains peuvent faire le choix d’une relance basée sur le numérique et la maximisation des retombées positives de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECA).

L’opportunité du numérique et de la ZLECA

Il s’avère essentiel de mettre en œuvre intégralement et de manière organisée la ZLECA afin d’en saisir toutes les opportunités y afférentes. Pour rappel, en tenant compte de la finalisation de l’implémentation complète de la réforme ZLECA prévue pour 2035, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique table sur une augmentation de valeur du commerce intra-africain de 15 à 25% (50 à 70 Mds $) à l’horizon 2040. Cela constitue un atout non négligeable pour l’établissement de chaînes de valeurs régionales en Afrique subsaharienne.

Le tournant numérique du continent permettrait, en plus, d’assurer une connectivité fiable dans toute l’Afrique. En 2020, plus de 25% des entreprises africaines ont eu recours aux technologies numériques pour faire face aux confinements imposés par les gouvernements. L’établissement d’un cadre légal cohérent et incitatif semble essentiel afin de pousser les opérateurs économiques à investir dans la transformation numérique.

La connectivité des zones rurales et urbaines ainsi que l’essor du commerce intrarégional sont deux objectifs à poursuivre. Ceux-ci, une fois atteints, permettraient d’améliorer les conditions de vie en zone rurale, d’améliorer les conditions de production agricole et d’accroître la productivité agricole grâce aux technologies. Ainsi, une réallocation plus efficace des ressources serait possible : des zones moins créatrices d’emploi vers les zones plus créatrices d’emploi et des côtes vers l’intérieur du pays. Si l’endettement est une option inévitable, il est essentiel que celui-ci vise à investir dans la transformation numérique et la connectivité du continent. Plus l’Afrique sera électrifiée, plus l’Afrique bénéficiera des avancées technologiques. Quitte à s’endetter, il s’avère stratégiquement optimal de le faire en vue de financer des projets d’émancipation économique tels que la connexion des zones rurales et urbaines grâce aux technologies. Cette connexion est indispensable au renforcement des économies nationales, première étape de l’avènement d’un commerce intrarégional significativement impactant pour les économies du continent africain. Les prémices du désendettement en dépendent.

Dady N’pingha Kawaya

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